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« Il n’y a rien que tu ne puisses soigner avec un peu de Prozac et une crosse de polo ». Cette célèbre réplique de Woody Allen, désormais entrée dans l’histoire du cinéma et de l’humour, a le pouvoir de provoquer une vive réaction dans le monde du polo : « par pitié, maillet, pas crosse… », précisent les puristes du jeu, en stigmatisant le travail du traducteur par rapport au terme original…
Au polo, les maillets sont l’essence-même du jeu, et l’instrument sans lequel rien n’est possible. Demandez seulement aux sœurs Williams, ou à Roger Federer, quelle importance revêt leur raquette sur leur niveau de jeu, ou posez la même question à Giorgio Rocca en ce qui concerne ses skis. Interrogez enfin un champion de polo. Vous obtiendrez la même réponse : fondamentale !
Un bambou, un maillet en bois, un manche renforcé, un lacet en cuir à placer autour du poignet. Des matériaux simples dont l’assemblage peut sembler un jeu d’enfants, mais qui en réalité ne l’est absolument pas.
« Le problème majeur, comme l’expliquent les responsables d’un laboratoire de Buenos Aires parmi les plus sollicités du monde par les amateurs de polo, réside dans le choix du bambou. Nous nous les procurons en Indonésie, en Malaisie, à Singapour et à Sumatra. C’est un travail qui demande beaucoup de patience : pour sélectionner les trois mille bambous que nous importons en moyenne chaque année en Argentine, nous en examinons en général au moins vingt cinq mille. Je conçois que ce soit difficile à croire, mais c’est ainsi. Les bambous doivent être testés un par un afin d’en mesurer la souplesse. C’est sur ce critère que nous les classons, sachant qu’un homme, une femme ou un enfant, qui ne présentent pas la même force, ont des besoins très différents ».

À Buenos Aires, le laboratoire « 30 yards », spécialisé dans la distribution d’accessoires et de matériaux de sellerie destinés aux joueurs de polo, se trouve au premier étage de l’immeuble qui abrite la boutique, dans un quartier très résidentiel. L’activité se concentre davantage sur les réparations que sur les achats d’articles neufs, mais il a l’aspect d’une véritable boutique. « Pour un joueur de polo, un bon maillet est un trésor, d’où la tendance à faire réparer plutôt qu’à remplacer ».
Une fois terminé, le maillet mesure entre 49 et 54 pouces (125/138 cm, sachant que l’on part d’un bambou d’environ 3 mètres de long) et pèse entre 175 et 210 grammes. Lorsqu’on fabrique un maillet de polo, une fois le bambou sélectionné, vient l’étape de la préparation.
« Quand nous achetons les bambous, poursuivent les responsables du laboratoire, ils sont vert foncé. Nous les immergeons pendant quelques jours dans une sorte de piscine remplie de gasoil avant de les nettoyer à de l’eau et à l’acide. Les bambous propres sont ensuite mis à sécher à l’air, suspendus à l’ombre dans un lieu lumineux, pendant au moins un mois. On allume alors dessous un feu avec des cristaux de soufre, et c’est la chaleur dégagée qui donne sa couleur définitive au maillet ».
Le maillet est équipé d’un manche en bois, appelé le cigare, fabriqué à partir de bois de la région argentine de Tucuman. Le bambou, devenu droit et ductile grâce à la source de chaleur, est alors fixé au manche au moyen d’une encoche diagonale.
Un bon joueur de polo transporte avec lui dans son sac de voyage entre vingt-cinq et trente maillets, que bien entendu il se garde bien de faire voyager dans la soute quand il se déplace en avion.
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